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Comment rajeunir la fréquentation des événements métiers d’art ?

publié le 25 juin 2025   auteur: corine  267 lectures

Constats, paradoxes et leviers pour l’avenir

Si vous avez déjà arpenté les allées d’un salon des métiers d’art, vous aurez sans doute remarqué une constante : la majorité du public affiche une chevelure grisonnante. Les "cheveux blancs", pour reprendre cette expression souvent entendue dans les coulisses de l’événementiel culturel, sont fidèlement au rendez-vous. Intéressés, disponibles et dotés d’un certain pouvoir d’achat, ils constituent une part importante – et précieuse – de la fréquentation.

Mais cette observation soulève une vraie question : où sont les jeunes générations ?

L’artisanat d’art : un monde de passion... perçu comme un luxe ?

L’une des premières hypothèses souvent avancées concerne le coût des pièces présentées. L’artisanat d’art – par nature – mobilise des savoir-faire rares, un temps de travail important, des matériaux de qualité : autant de raisons qui justifient des prix parfois élevés. Ce positionnement, souvent assimilé au luxe, peut décourager une partie du jeune public, notamment les étudiants ou les jeunes actifs au budget plus serré.

Mais cette explication économique ne saurait tout expliquer.

Un paradoxe générationnel : les jeunes créent... mais viennent peu

Fait intéressant : on observe une recrudescence de vocations parmi les jeunes adultes. Ils sont de plus en plus nombreux à se reconvertir vers les métiers d’art ou à choisir ces voies après le bac. Céramistes, maroquiniers, verriers, relieurs, illustrateurs ou designers textiles de moins de 35 ans investissent aujourd’hui les ateliers et les marchés. Pourtant, leur propre génération reste souvent absente des événements consacrés à ces pratiques.

Des formats à revisiter pour mieux parler aux jeunes

Les formats actuels des salons métiers d’art peuvent manquer d’ancrage générationnel : scénographie classique, communication institutionnelle, rythme de visite peu immersif... Si les produits sont souvent contemporains, les événements eux-mêmes ont parfois du mal à sortir des sentiers battus.

Les jeunes ne boudent pas l’art ou l’artisanat, ils ne s’y reconnaissent pas toujours.

Leur culture visuelle, leurs modes de consommation, leur besoin d’interactivité ou de narration exigent peut-être une autre manière de raconter et de faire vivre les savoir-faire.

Quels leviers pour rajeunir la fréquentation ?

JEMA PLOERMEL - Julie Devoyer Céramique

🎨 Revisiter les formats d’événements
Proposer des formats plus courts, plus dynamiques, pensés comme des expériences à vivre : concerts + expo, démonstrations participatives, afterworks métiers d’art, installations éphémères ou événements nomades dans des lieux atypiques. Le tout avec un habillage graphique et sonore en phase avec les tendances.

📱 Confier la communication aux jeunes… mais en lui donnant les moyens
La communication est aujourd’hui un levier majeur de fréquentation pour tout événement culturel. Pourtant, elle reste souvent le parent pauvre des budgets événementiels, surtout pour les petites structures ou les associations qui organisent des salons métiers d’art.

Or, les jeunes générations sont très présentes sur les réseaux sociaux… mais elles attendent des contenus authentiques, créatifs, bien ciblés, diffusés au bon moment et dans les bons formats (Reels, Stories, TikTok, vidéos courtes...).

Pour cela, il ne suffit pas de publier quelques visuels au dernier moment. Il s’agit de construire une stratégie de contenu cohérente, avec un storytelling attractif, des visuels de qualité, et surtout des formats adaptés aux codes des 18-35 ans.

👉 Faire appel à des jeunes communicants, des créateurs de contenus ou des community managers spécialisés dans la culture ou l’artisanat, peut s’avérer très efficace : les jeunes parlent aux jeunes, et savent comment capter leur attention.

Mais cela demande des moyens. La communication représente un poste budgétaire conséquent, qui mérite d’être mieux soutenu. Les Régions ou autres collectivités territoriales, souvent partenaires financiers des événements métiers d’art, pourraient jouer un rôle clé en intégrant dans leurs aides des enveloppes dédiées à la communication digitale.

Investir dans une communication ciblée et professionnelle, c’est offrir à ces événements la visibilité qu’ils méritent… et donner envie aux jeunes générations de pousser la porte des salons.

🧒 Sensibiliser dès le plus jeune âge
L’amour des métiers d’art peut naître très tôt. Ateliers à l’école, stages dès le collège, visites d’ateliers adaptées... Les graines semées aujourd’hui feront les publics – et peut-être les artisans – de demain.

Plusieurs initiatives et structures œuvrent dans ce sens :

  • L’Outil en Main France, qui initie les enfants aux métiers manuels et du patrimoine avec des artisans bénévoles. Leur cahier d’activités ludique et accessible constitue un outil précieux pour éveiller la curiosité dès 9 ans.

🤝 Favoriser les ponts intergénérationnels
Plutôt que d’opposer les générations, pourquoi ne pas imaginer des moments d’échange : un jeune artisan anime un atelier pour seniors, et inversement ? Des tandems créateurs/juniors pour une collection capsule ? Le décloisonnement bénéficie à tous et peut devenir une vraie richesse culturelle et humaine.

En conclusion

Les métiers d’art n’ont pas besoin d’être "rendus jeunes", ils le sont déjà par l’énergie de celles et ceux qui les pratiquent. En revanche, il est temps de repenser la manière de les présenter, de les rendre accessibles et inspirants pour toutes les générations.

Car la transmission, au fond, ne repose pas que sur la main.
Elle passe aussi par l’œil, par le récit… et par le cœur.

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